La seule chose dont je suis sûr, c'est que mon empathie a une drôle de responsabilité là-dedans. Je suis souvent submergé par mes propres émotions. Une fois qu'elles sont en moi, j'arrive à les contrôler, mais je n'arrive pas à les laisser à la porte comme des fois j'aimerais. Je pratique l'identification aux personnages à outrance. Mettez-moi devant un journal télévisé et ça devient un cauchemar. Pour peu que je sois plongé à l'intérieur des reportages, j'ai la nausée ou les larmes ou les rires au choix. Rarement ce dernier ces temps-ci semble-t-il. Je n'arrive pas à me détacher, pour comprendre je dois être dedans, "à la place de" même.
Ce qui fait que je suis un vrai boulevard à évènements. Toutes les données, tous les ressentis viennent à moi et je dois tout mettre en ordre et des fois c'est difficile. Est-ce cela pour tous ceux qui écrivent, peignent, photographient, composent ? Je pense que oui, peut-être à différents degrés. De toute façon ma première conclusion est que les artistes sont des dépressifs actifs, qui s'ignorent ou en devenir. Ce n'est pas forcément négatif de dire cela, pour moi c'est un souci de courbe psychanalytique.

Voyez par exemple, ce qui suit est une pub qui a quelques années, inédites en France, d'Ikea, réalisée par Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovitch, Adapatation et une tripotée de clips de Daft Punk, R.E.M., Björk, Weezer, The Beastie Boys …). J'aime la regarder fréquemment parce qu'elle est très belle, mais bizarrement alors qu'on est pas du tout dans de l'humain, qu'on est dans le tout-construit-artificiel (musique, cadrage, scénographie), et tout ce temps après, et bien je suis toujours en plein bad quand je la vois.

Traduction pour les non-anglophones : "Peut-etre vous avez pitié de cette lampe ? C'est parce que vous êtes fous. Elle n'a pas de sentiment. Et la nouvelle est bien mieux."