Confessions au ras de l'herbe
Par Gaëti, mercredi 25 février 2009 à 19:25 :: Furia lexicale :: #80 :: rss
parce que toutes les crimsonades n'amènent pas forcément le sourire …
Confessions au ras de l'herbe
Toi, mon meilleur ami, ta place reste vacante. Tant d'années ont passé maintenant mais rien n'y fait. Je ne suis toujours pas venu voir ton nouveau chez-toi, résidence Saint-Jean, tombe numéro 35. Il y a quand même un mieux, je m'adresse pour la première fois à toi hors de ma tête. J'aimerais pouvoir te dire "comment vas-tu" mais bon … tu es mort alors ça ne servirait à rien. Toi, tu me dirais "quoi de neuf ?" et probablement que je répondrai "rien d'autre qu'un ennui mortel". Avec mon humour venu d'outre-tombe, tu rirais encore à t'en déchausser la mâchoire mais cette fois-ci, ce serait pour de vrai mon ami.
Mais qu'est-ce que tu as eu comme idée de mourir je te jure … Attends que je t'y reprenne et ça va barder. Parce que regarde maintenant toutes les souffrances que je porte. J'ai fini de grandir sans toi mon ami et mon coeur s'est noirci. Alors voilà, je suis névrosé et toi tu es mort, quel vieux couple on forme …
Je sais bien que je n'ai pas tenu mon rang. J'ai passé sous silence certaines choses. Mais question silence, tu es imbattable maintenant. Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de tes problèmes ? Parler, c'est pas difficile pourtant, écoute, je parle dans le vide. Et le vide me répond. Je n'aurais jamais pu les résoudre tes soucis, je ne me sortais pas des miens à l'époque … Tu sais, les soucis avec les filles ! Toi, c'était réglé depuis longtemps mon ami. Toi, ton problème, c'était plutôt l'argent. Je ne savais pas qu'ils étaient si gros ces soucis, au point d'en tomber dans ce que tu as fait. Je ne te juge pas mon ami, ça jamais ! Mais quand même, qu'est-ce que t'as foutu ? Tu avais des rêves d'évasion et là t'es coincé dans ton deux mètres cube.
T'as fait l'idiot, mon ami, et je ne te blâme pas pour cela, mais toi tu as préféré en finir plutôt que de te faire serrer. Sur ton lieu de travail en plus, pour faire bosser les collègues. Le vélo posé contre la barrière de sécurité, sûrement pour entretenir ta forme, que faisais-tu si tard dans la nuit ? Je ne pensais pas qu'un jour je connaîtrais l'expression "ceux qui m'aiment prendront le train". Toi, je t'aime bien mon ami mais tu as une fâcheuse manie de prendre tout au premier degré. Je te connais depuis tellement d'années. Rappelle-toi, quand on était petit, t'as dit que je te rattraperais jamais en âge. Je te fais mentir là mon ami.
C'est la première fois donc que je t'écris, tu vis encore dans mes paroles à tel point que j'ai l'impression de ne plus vivre dans les tiennes tellement tu dis rien. J'espère qu'un jour les remords qui me traversent se calmeront et que je serai en paix, presque comme toi mais pas autant.
Je ne sais pas où je dois déposer cet écrit pour que tu le lises alors j'ai décidé d'aller l'emmener sur un quai. Et pour l'endroit, ne m'en veux pas de te considérer comme un peu décédé, mais je la jetterai au passage du premier train gare Saint Lazare, cette sainte station Lazare.

Photographie par Azram
Commentaires
1. Le vendredi 27 février 2009 à 19:02, par Magali
2. Le vendredi 27 février 2009 à 19:03, par Gaëti
3. Le dimanche 15 mars 2009 à 19:58, par Lucile
4. Le dimanche 15 mars 2009 à 23:31, par Gaëti
Ajouter un commentaire