8

Jamais marin ne m'aurait autant envié. J'avais vue sur la mer, sur la plage, sur les gens, sur elle. Elle était à la fois quelques pétales d'orchidée et des gouttes de cigüe. Je la regardais tristement dormir depuis mon corps noué par les sentiments qui me submergeaient. L'interstice qui s'était créé entre son maillot et son aine tenait du divin, et moi j'en étais le gardien. Le moindre tressaillement de ma part et toute la confiance aveugle de son sommeil s'en trouverait anéanti. Elle semblait être loin de tout, dans un monde où je ne semblait peut-être pas être auprès même de sa peau.
De mon poste de garde, je menais ma mission à bien, celle qui consiste à tous les paquets cadeau de rester fermés jusqu'à l'instant T. Le flot léger de ses cheveux vénitiens attrapaient mon regard, son haut se soulevant à ma vue à la petite brise du vent. Elle dormait sur le côté et moi, bien calé sur sa hanche, je dominais le monde du possible. De temps en temps, je vacillais également sur sa taille et je frôlais le grain de son ventre, comme un baiser que j'aurais souhaité déposer sur ses lèvres, que je ne pouvais pas atteindre. Si j'avais failli, elle se serait retrouvée à nu et mon travail me tenait trop à cœur.
Je gardais donc chaque parcelle de son corps, j'en gardais mêmes les délicieuses abysses au-dessus desquels j'étais perché et m'est arrivée une idée saugrenue. Ne pouvais-je donc pas l'enlacer tout entière ? Plutôt que de serrer contre moi les deux bouts de tissus qui l'empêchent de se découvrir et m'empêchent d'exploser, pourquoi n'arriverais-je à la câliner comme je le souhaite tant ?
J'ai commencé à me dérober lentement et j'ai essayé d'allonger les bras, passer derrière son dos, sous sa poitrine. Mais plus je gagnais quelques millimètres, plus je sentais que le maillot s'échappait le long de ses cuisses retroussées. Plus j'avançais, plus j'étais obligé de reculer car mon étreinte faiblissait. Le doux interstice faisait que je m'apprêtais à courir à ma perte alors cette fois-ci j'ai renoncé. Dans une dernière petite brise de vent, j'ai couché ma tête, de travers, contre sa hanche. Son haut s'était soulevé également et de là où j'étais, sa poitrine formait un huit, énième signe identique qui m'appelait à la rejoindre, comme je le souhaitais tant.


photo par Bulleblue